- 5 mai
Par où commencer avec l'IA quand on est formateur
- Pierrick BRIAND
- Méthode
- 0 comments
C'est la question que je reçois le plus souvent. Pas « l'IA va-t-elle me remplacer ? » — les formateurs ont fini par trouver leur réponse là-dessus. La question qui revient, c'est celle-ci : « Avec l'IA, par où je commence ? »
Et c'est une bonne question. Parce que la plupart des réponses disponibles sur le web sont presque inutiles. Des listes de cinquante outils dans une infographie générée par IA, des tutoriels sur des fonctionnalités qui changent tous les trois mois, des prompts « magiques » qui produisent des résultats médiocres dès qu'on sort du cas d'usage exact de la démonstration.
Ce dont vous avez besoin, ce n'est pas d'une liste d'outils. C'est d'une méthode. C'est ce que je transmets depuis plusieurs années dans mon travail de formateur et d'ingénieur pédagogique, d'abord en présentiel dans les établissements où j'interviens, ensuite dans les accompagnements individuels que je propose via La Salle des Profs (salledesprofs.fr). Et cette méthode commence toujours par la même étape, contre-intuitive mais décisive.
Étape 0 : ne pas commencer par les outils
C'est la règle qui contredit tout ce que vous lisez ailleurs. Avant de choisir un outil, il faut savoir ce qu'on veut en faire. Et pour le savoir, il faut avoir mené un travail préalable que presque personne ne fait : un diagnostic honnête de sa propre pratique de formateur.
Ce diagnostic tient en cinq questions. Prenez un quart d'heure pour y répondre par écrit avant d'ouvrir le moindre outil.
Le diagnostic en cinq questions
Première question : sur quelles tâches répétitives je perds le plus de temps ? Listez les tâches que vous menez plusieurs fois par mois et qui vous prennent du temps sans vous procurer de satisfaction professionnelle. Chiffrez si possible : « je passe trois heures par semaine à reformuler des objectifs pédagogiques que j'ai déjà rédigés sous d'autres formes. » Ces tâches sont vos candidates prioritaires pour l'IA. Elles correspondent typiquement à la zone production, celle où les gains sont les plus rapides.
Deuxième question : quelles sont mes vraies forces de formateur, celles que je veux amplifier ? L'IA ne sert pas seulement à automatiser des corvées. Elle sert à démultiplier ce que vous faites déjà bien. Êtes-vous reconnu pour la finesse de vos cas pratiques ? Pour la qualité de votre accompagnement individualisé ? Pour la rigueur de votre évaluation ? Identifiez ces forces avant de commencer — ce sont elles que l'IA va servir, pas les autres.
Troisième question : sur quels contenus suis-je l'expert irremplaçable ? Ces zones constituent votre territoire protégé. Votre expérience de vingt ans dans un secteur spécifique, votre réseau de cas clients, votre veille métier de longue date : l'IA ne peut pas rivaliser sur ce terrain. Sur ces contenus, elle reste un assistant pour les tâches périphériques. Elle ne touche pas au cœur.
Quatrième question : quelles sont mes contraintes éthiques et juridiques spécifiques ? Selon votre contexte, les règles du jeu varient. Si vous intervenez en milieu médical ou hospitalier, le RGPD est particulièrement strict. Si vous travaillez pour des grands groupes, vous avez probablement signé des accords de confidentialité. Si votre organisme est certifié Qualiopi, votre process pédagogique doit rester traçable et auditable. Clarifiez ces contraintes avant de commencer plutôt que de les découvrir au mauvais moment.
Cinquième question : quelle est ma vraie disponibilité pour apprendre ? Soyez honnête. Apprendre à utiliser l'IA correctement demande une trajectoire structurée sur plusieurs semaines, pas trois heures un dimanche soir. Pouvez-vous bloquer deux heures par semaine pendant deux mois ? Sans cette réponse réaliste, vous démarrez une dynamique que vous ne soutiendrez pas.
L'ordre de priorité que je recommande
Une fois ce diagnostic posé, voici la séquence que je recommande à la quasi-totalité des formateurs que j'accompagne.
Mois 1 et 2 : la zone production. C'est là que les gains sont les plus rapides et les plus visibles. Choisissez un seul type de tâche — la génération de quiz, la rédaction de fiches de synthèse, ou la production de cas pratiques — et installez une pratique propre sur cette tâche unique. Pas deux tâches en parallèle. Une seule, bien maîtrisée. Quand elle tourne sans effort, vous passez à la suivante.
Mois 3 et 4 : la zone conception. Une fois que vous maîtrisez la production, remontez en amont vers les phases de structuration et de progression pédagogique. Utiliser l'IA pour explorer plusieurs architectures d'une formation, reformuler des objectifs sous différents niveaux de la taxonomie de Bloom, identifier les prérequis d'un public spécifique. Cette zone demande plus de finesse que la production, parce que les décisions pédagogiques restent les vôtres — l'IA explore, vous arbitrez.
Mois 5 et 6 : la zone évaluation. C'est la zone la plus délicate à cause des enjeux éthiques (voir le garde-fou 4), mais aussi celle qui transforme le plus profondément votre rapport au feedback. Construire des grilles alignées sur vos objectifs, produire des feedbacks individualisés à grande échelle, synthétiser les résultats pour vos commanditaires : des tâches chronophages sur lesquelles l'IA apporte un gain réel dès lors que la décision finale reste la vôtre.
Au-delà du sixième mois : la zone animation (préparation amont et synthèse aval) et la construction d'un workflow cohérent entre vos différents outils.
Les trois erreurs à éviter absolument
Première erreur : refondre toute votre offre d'un coup. Vous identifiez le potentiel de l'IA et décidez de tout reprendre en trois mois. Vous allez vous épuiser, produire du travail bâclé, et probablement abandonner avant la fin. Un module à la fois. Une zone à la fois. La progression lente est la seule qui tient.
Deuxième erreur : multiplier les outils en parallèle. Vous testez ChatGPT, puis Claude, puis Perplexity, puis cinq autres dans la même semaine. Vous perdez vos prompts, vous ne savez plus où vous en êtes, vous ne maîtrisez rien en profondeur. Un outil principal pendant trois à six mois. Vous le connaissez dans ses retranchements. Ensuite seulement, vous en ajoutez d'autres avec discernement.
Troisième erreur : communiquer trop tôt sur votre usage de l'IA. Vous êtes enthousiaste, vous avez fait vos premières expériences, et vous voulez en parler. Attendez. Tant que votre pratique n'est pas stabilisée, tant que vous ne pouvez pas montrer une qualité supérieure et pas seulement un gain de temps, gardez votre apprentissage discret. Le bon moment pour communiquer, c'est quand vous pouvez dire : « voilà ce que j'ai changé dans ma pratique, voilà les résultats que j'observe. » Pas avant.
Ce que vous pouvez faire seul, et ce qui va plus vite avec un accompagnement
Vous pouvez démarrer seul à partir de ce diagnostic. Beaucoup de formateurs y parviennent, par essais et erreurs, avec patience. Cela prend généralement entre douze et dix-huit mois pour atteindre un usage vraiment maîtrisé.
L'accompagnement fait gagner du temps sur les étapes qui ne s'improvisent pas : la structuration des prompts pédagogiques, la construction des garde-fous opérationnels, le choix des outils adapté à votre contexte précis. C'est exactement l'objet de la boussole IA, une séance de coaching individuel de 90 minutes pour partir du bon pied avec une méthode claire dès le départ.
Ne commencez pas par les outils. Commencez par un diagnostic honnête de votre pratique : vos tâches chronophages, vos forces à amplifier, vos contenus irremplaçables, vos contraintes et votre disponibilité réelle. Une fois ce diagnostic posé, l'ordre de priorité est clair : production d'abord (mois 1 et 2), conception ensuite (mois 3 et 4), évaluation après (mois 5 et 6). Un seul outil principal, une seule tâche à la fois, pas de communication prématurée. C'est cette progression lente et structurée qui distingue les formateurs qui intègrent vraiment l'IA de ceux qui la testent sans jamais la maîtriser.
Pierrick Briand · Formateur IA · La Salle des Profs · salledesprofs.fr