- 3 mai
L'erreur n° 1 des formateurs qui démarrent avec l'IA
- Pierrick BRIAND
- Retours terrain
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Je rencontre cette erreur presque chaque semaine. Un formateur me montre fièrement ce qu'il a produit avec ChatGPT : une trame de formation, un quiz, une fiche outil. Le contenu est propre, structuré, sans faute. Et pourtant, quand je lui demande à quel objectif pédagogique précis ce contenu répond, il y a un silence. Pas long, mais un silence.
Cette erreur a un nom. C'est vouloir faire de l'IA au lieu de partir de la pédagogie. Et dans mon travail de formateur et d'ingénieur pédagogique auprès des établissements où j'interviens, comme dans les accompagnements individuels que je mène via La Salle des Profs (salledesprofs.fr), c'est de loin la dérive la plus fréquente chez les formateurs qui démarrent.
Le scénario est toujours le même
Le formateur découvre l'outil. Il s'amuse avec, teste plusieurs prompts, obtient des résultats qui semblent corrects. Puis il essaie de plaquer ces résultats sur sa pratique. Trame générée, modifiée à la marge, intégrée au module. Quiz produit, copié-collé dans le support. Fiche outil mise en page, distribuée aux apprenants.
Le problème n'est pas la qualité du contenu pris isolément. Le problème, c'est l'inversion de l'ordre.
Quand vous partez de l'IA, vous adoptez sa logique de structuration. Trois points par section, des listes à puces partout, un vocabulaire générique qui ne porte pas votre voix. Vos apprenants ne le diront pas explicitement, mais ils le perçoivent. Le contenu est techniquement correct, et pourtant quelque chose sonne faux. Cette sensation, c'est la marque d'un contenu qui n'a pas de cap pédagogique propre.
Quand vous partez de la pédagogie, l'ordre s'inverse. Vous arrivez devant l'outil avec votre cahier des charges déjà clair : public visé, prérequis, objectif opérationnel, niveau cognitif sollicité, modalité d'évaluation, durée. L'IA ne décide plus de la structure. Elle exécute la vôtre.
C'est cette différence qui sépare un formateur qui livre un contenu générique d'un formateur qui livre un contenu sur mesure. Le premier subit l'outil. Le second le pilote.
Pourquoi cette erreur est si difficile à repérer
Parce que le résultat immédiat semble satisfaisant. Le contenu est propre, bien présenté, sans erreur flagrante. La trame tient la route. Le quiz couvre les notions. On a l'impression d'avoir gagné du temps.
C'est seulement en formation, face aux apprenants, que la limite apparaît. Un apprenant pose une question que le contenu ne peut pas absorber, parce que la progression n'a pas été conçue pour ce public précis. Un exercice tombe à plat, parce qu'il ne s'articule pas vraiment avec les objectifs de la séquence. Une fiche outil ne correspond pas exactement au niveau des participants, parce qu'elle a été générée pour un public moyen, pas pour votre public.
Ce décalage, vous l'avez peut-être déjà ressenti sans pouvoir l'attribuer clairement à l'IA. C'est souvent là que se situe le problème.
La règle qui corrige tout
Voici comment je la formule quand je l'enseigne : pédagogie d'abord, technologie ensuite. Sans exception.
Tant que vous gardez cet ordre, vous restez maître de ce que vous produisez. Dès que vous l'inversez, vous devenez interchangeable avec n'importe quel formateur qui utilise le même outil avec le même prompt.
Concrètement, cela signifie qu'avant d'ouvrir ChatGPT pour générer quoi que ce soit, vous posez par écrit votre intention pédagogique. Pas nécessairement en détail, mais clairement. Quel est l'objectif opérationnel de cette séquence ? À quel niveau de la taxonomie de Bloom je travaille ? Quel est le profil de mes apprenants, leurs prérequis, leurs freins habituels ? Quelle modalité d'évaluation est prévue à l'issue ?
Une fois ces réponses posées, vous ouvrez l'outil. Et là, l'IA devient ce qu'elle doit être : un assistant exécutant, pas un substitut décisionnel.
Ce que ça change dans la pratique quotidienne
Avant de générer un quiz, posez-vous trois questions. Quelle compétence je veux évaluer ? À quel niveau de Bloom ? Avec quel format adapté à mon public ? Une fois ces réponses claires, le prompt que vous rédigez porte votre intention. Le résultat est calibré, pas générique.
Avant de générer une trame de formation, rédigez votre cahier des charges en cinq lignes. Public, prérequis, objectif principal, durée, livrable attendu. Ensuite seulement, vous demandez à l'IA d'explorer des structurations possibles. Vous arbitrez. Elle exécute.
Avant de générer une fiche outil, demandez-vous à quel moment précis du parcours elle intervient, et ce que l'apprenant doit être capable de faire avec. Ce cadrage change radicalement la qualité de ce que l'IA va produire, parce que vous lui donnez un contexte précis plutôt qu'une demande générale.
Ce réflexe prend deux minutes. Il change tout.
La différence entre utiliser l'IA et la maîtriser
Il y a une formulation que j'utilise souvent avec les formateurs que j'accompagne : utiliser l'IA, tout le monde sait faire. Ouvrir ChatGPT, taper un prompt, copier-coller le résultat. En cinq minutes, n'importe qui produit quelque chose qui ressemble à un contenu de formation.
Maîtriser l'IA, c'est autre chose. C'est savoir structurer un prompt selon une logique pédagogique précise. C'est piloter l'outil en plusieurs itérations pour faire émerger un contenu vraiment aligné sur vos objectifs. C'est filtrer ce qui sort avec votre regard de pédagogue expérimenté. C'est savoir quand le résultat est suffisant et quand il faut recommencer.
Cette différence est exactement ce qui sépare un formateur qui gagne 5 % de temps avec l'IA (et qui s'épuise à corriger ce qu'elle produit) d'un formateur qui en gagne 40 % (et qui livre des contenus de meilleure qualité qu'avant l'IA). Ce n'est pas une question d'intelligence ou de talent. C'est une question de méthode.
Et la méthode commence toujours au même endroit : pédagogie d'abord, technologie ensuite.
L'erreur n° 1 des formateurs qui démarrent avec l'IA n'est pas technique. C'est l'inversion de l'ordre entre pédagogie et technologie. Quand on part de l'IA, on adopte sa logique de structuration et on produit du contenu générique. Quand on part de la pédagogie, on arrive devant l'outil avec un cahier des charges précis, et l'IA exécute votre intention plutôt que la sienne. La règle est simple et non négociable : pédagogie d'abord, technologie ensuite. Ce réflexe prend deux minutes à installer. Il change radicalement la qualité de ce que vous produisez.
Pierrick Briand · Formateur IA · La Salle des Profs · salledesprofs.fr